Théviec - Textes inédits

Histoires. Poémes Textes. Théâtre.

05 mai 2008

THEATRE - Hubert

HUBERT

Comédie en un acte

Les personnages :

Julie : La maîtresse

Charlotte : La mère

Amélie : La fille

Maxime : Le père

Prosper : Le fils

"Hubert"

Cette pièce peut se jouer de deux à cinq acteurs.

- exemple pour  deux acteurs :  une femme interpréte successivement les rôles de Charlotte, Julie et Amélie; l'homme jouant les autres personnages.

Scène 1 (Julie - Maxime )__________________________________________________

Scène 2 ( Maxime )_______________________________________________________

Scène 3 ( Charlotte - Maxime )______________________________________________

Scène 4 ( Charlotte - Prosper )_____________________________________________

Scène 5 ( Amélie - Prosper )_______________________________________________

Scène 6 ( Amélie )_______________________________________________________

Scène 7 ( Charlotte - Prosper )_____________________________________________

Scène 8 ( Charlotte - Maxime )_____________________________________________

Scène 9 ( Maxime - Julie )________________________________________________

La scène représente un salon dans un appartement. Deux portes, une donnant vers le couloir de l'entrée ( et vers la cuisine et le grnier), l'autre vers la chambre des enfants. Un buffet le long du mur, avec un téléphone. Un porte manteau avec différentes affaires accrochées. Sur le buffet, des stylos, crayons, etc ... Au moins un fauteuil.


Scène 1 (Julie - Maxime ) 

Un homme est sur scène  - On sonne - L'homme sort de scène par la porte d'entrée.

Maxime - ( En coulisse ) Ah c'est toi ( faisant entrer Julie ) Tu es folle de venir comme ça, si Charlotte arrivait ...

Maxime et Julie entrent sur scène par l'entrée.

Julie - Quelle importance, Maxime. Je dirais que je suis venue pour la voir... D'ailleurs elle m'a appelée et m'a invitée à dîner ce soir ...

Maxime - Ah bon. Et que veux-tu ?

Julie - Marrakech !

Maxime - Quoi ?

Julie - Ma-rra-kech !

Maxime - Euh .. qu'est-ce que tu veux dire  ? ...

Julie - (ironique) Ah bon, tu n'es au courant de rien ! Je peux te faire un dessin : vous partez à Marrakech du premier au neuf Mai !

Maxime - Ah, bon ?  ... D'où tiens tu cela, je ...

Julie - ( l'interrompant) Charlotte ! C'est ce qu'elle m'a dit au téléphone !

Maxime - Hein ? ...  Tu as du mal comprendre, je ...

Julie - ( elle crie ) Et arrête de me mener en bateau, là ça déborde !

Maxime - Crie pas si fort ... Les enfants  pourraient nous entendre ...

Julie - ( elle crie mais à voix basse  ) Oui, eh bien je m'énerverai si je veux : ce séjour, tu me l'as proposé l'année dernière ! Sans y donner suite d'ailleurs. Et comme le Maroc te manque, tu remets ça avec ta femme ! Bravo !

Maxime - Mais non, mais non. Ne te mets pas martel en tête. Charlotte m'a vaguement parlé de ce projet, mais sans plus, comme ça ...

Julie - Comme ça, sans plus, vaguement... Tu te fous de moi ? Depuis que je te fréquente, on est jamais parti ensemble !

Maxime - Ah, ça, ce n'est pas vrai : Il y a deux ans je t'ai emmenée toute une semaine à Deauville ...

Julie - Excuse moi, c'est vrai on est parti toute une semaine : qui a duré trois jours,  oui !

Maxime - Mais je ne pouvais pas prévoir qu'Hubert serait tombé malade, m'obligeant à rentrer plutôt ...

Julie - De toute façon, Deauville et la côte en Novembre, c'est pourri. Et il n'a pas arrêté de pleuvoir.

Maxime - Ah tu vois ! Ca tombait bien !

Julie - Pardon ?

Maxime - Je dis :  un temps de chien, tu n'aimes pas la côte Normande, alors ça tombait bien d'écourter notre séjour !

Julie - Oh ! Quel culot ! Je n'aime peut-être pas la côte Normande, mais tu m'as lâchée au bout de trois jours pour Hubert ... Cas de  force majeure, tu parles ! Ton Hubert il l'a fait exprès, j'en suis sure.

Maxime - Oui, et bien ce n'est pas une raison pour tout lui mettre sur le dos : il est très fragile, tu le sais parfaitement ... (un temps) Euh, à propos d'Hubert, Charlotte ne t'a rien demandé ?

Julie - ( énervée - crescendo ) Oui, bien sur, elle me l'a demandé... de garder Hubert, si c'est ce que tu veux savoir  ! De prendre bien soin de votre Hubert ! de le bichonner le Hubert ! Il est si fragile Hubert ! Il ne supporterait pas la chaleur du Maroc, ce pauvre biquet  !

Maxime - Oui, je te comprend, mais parle moins fort ... ( essayant de la calmer ) C'est vrai : te demander de veiller sur Hubert pendant que nous serions ... euh ... si nous allions au Maroc ... Mais avec ta meilleure amie, bien sûr, tu ne pouvais pas refuser ...

Julie - ( fort ) Non, mais attend, faux cul, je n'ai pas encore accepté !

Maxime - Chut ! Les enfants.

Julie - ( excédée ) Je sais, je sais : tes enfants ! Et puis, laisse tomber Hubert, tu veux. ( un temps - ton se radoucissant, affirmative) C'est toujours d'accord pour le week-end sur l'île de Ré !

Maxime - Le week end ...

Julie - ( l'interrompant ) Ne me dis pas que tu ne te rappelles plus !

Maxime - ( se souvenant ) Ah, l'île de Ré ! Mais bien sûr ! Je ne l'avais pas oubliée, tu parles.

Julie - ( se rapprochant de lui tendrement ) Ah, Maxounet ! ( à chaque fois que le nom de Maxounet est prononcé, Maxime lui fait signe de parler moins fort ) Tu ne peux pas savoir avec quelle impatience j'attends ce moment. Se retrouver enfin seuls, tous les deux ...

Julie va pour embrasser Maxime.

Maxime - ( la repoussant doucement ) Voyons, Julie ! Il y a les enfants !

Julie - C'est vrai, j'oubliais ( un temps ) Tu sais, quand nous serons ensembles, après ton divorce, je te promet de ne jamais t'empêcher de les voir.

Maxime - Holà, on en n'est pas encore là ! Et Charlotte ne le verra peut-être pas de cette oreille !

Julie - ( insouciante ) Mais si, mais si, ne t'en fais pas ! Ah, Maxounet.

Julie veut à nouveau embrasser Maxime.

Maxime - ( l'en empêchant ) Tttt !

Julie - Excuse moi, je suis si contente. L'île de Ré ... Tu te souviens ? Notre première rencontre ! Un hasard, en plus : Tu étais là bas, avec Hubert ... Quelle surprise de le voir là ! C'est lui qui m'a reconnue la première.

Maxime - Tu as cru que Charlotte était avec lui, alors qu'elle était avec Amélie et Prosper, chez ses parents ... Et c'est sur moi que tu es tombé ...

Julie - Ah, Maxounet ... Notre escapade à l'hôtel " La Quichenotte" à Sainte Marie-de-Ré. Les marchés à l'ancienne avec l'âne culotte, les vieilles ruelles. On se croyait transporté au Moyen-âge.

Maxime - Et le pineau, le cognac ...

Julie - Nos balades romantiques le long des plages et des marais salants ...

Maxime - ... en botte et en ciré, sous la pluie ... Tiens, ça me rappelle Deauville !

Julie - Mais c'était si poétique ! Et puis, Hubert n'est pas tombé malade au bout de trois jours. Même s'il a failli se perdre dans les marais. Tu verras, ce sera fantastique. On oubliera tous nos soucis, la vie trépidante de Paris, sa grisaille, le stress des transports. Ah, j'ai hâte d'être à Pâques ...

Maxime - Moi aussi ... ( se souvenant brusquement ) A Pâques ?

Julie - Bien oui ! Pour notre petit week-end. Qu'est-ce qu'il y a ?

Maxime - Euh ... Ç'aurait été merveilleux ...

Julie - Qu'est-ce que tu veux dire ? Mais ça sera merveilleux, Maxounet.

Maxime - Oui ... Sûrement ... L'île, les balades, le pineau ... Mais pas à Pâques ...

Julie - Quoi ? Mais je rêve ! J'hallucine ...

Maxime - Non, non attends ... Laisse moi t'expliquer : C'est le marasme dans la boîte ! Tout juste si on prévoit de faire le chiffre d'affaires de l'année dernière. Heureusement, une grosse commande est tombée, pour Pâques. Alors, pas question de la louper, c'est inespéré : je n'aurai aucun moment à moi, impossible de m'échapper même le week-end, on est consigné.

Julie - Qu'est-ce que c'est que ces salades ...

Maxime - Je t'assure : c'est si important pour la boîte, que si je m'absente à cette période, je suis sûr de me faire virer. Demande à Paul, tu verras si je mens. Mais si c'est que tu souhaites.

Julie - ( colère froide ) Non, non ... Je ne veux pas te mettre sur la paille ... Alors, quand ?

Maxime - Quand ? Je ne sais pas ...  Euh ... à la Toussaint ? 

Julie - Ah, non, à la Toussaint ce n'est pas possible. vois tu !

Maxime - Pourquoi ?

Julie - (criant) A la Toussaint, comme toutes les Toussaints, ( Maxime lui fait signe de parler moins fort, elle baisse d'un ton ) je vais voir ma  mère !  Tu dois le savoir !

Maxime - Ah ? ... Je ne m'en souvenais plus ... (un temps) Enfin on va bien trouver un autre créneau ...

Julie - Ben voyons ! Mais oui, tu vas trouver un moment ! (hystérique) A la Saint Glin-glin ! Quand les poules auront des dents ou à la trinité, en pension de famille chez Malborough !

Maxime - Non, non ne crie pas, les enfants ...

Julie - ( toujours fort ) Trois ans ! Trois ans que cela dure ton petit manège !

Maxime - Julie, je t'en supplie. Moins fort.

Julie - ( baissant le ton ) Quand prendras tu la décision de vivre avec moi ? ( un temps ) Hein ? ( un temps ) Tu crois que cela me plaît de mentir à Charlotte, ma meilleure amie ?

Maxime - Tu en as marre de tromper Charlotte ? Et moi alors, tu crois que cela m'amuse ?

Julie - Non, mais tu te fous de moi, espèce de mufle !  ( ton montant ) Tu m'annonces froidement que tu pars à Marrakech et tu n'as même pas un moment pour moi. Même le week-end prévu à l'île de Ré, tu te dérobes ( au bord des larmes ) Je t'avais préparé une surprise ... Fais en ce que tu veux, je ne veux plus en entendre parler ...

Julie fouille dans une poche et sort une lettre qu'elle donne à Maxime. ( L'enveloppe ne contient aucune indication écrite )

Maxime - Qu'est-ce que ...

Julie - Tu verras bien ...

Maxime - Mais explique toi !

Julie - Non ! De toute façon, on se voit tout à l'heure, alors si tu as quelque chose à dire tu me le feras savoir !

Julie sort, porte entrée. Maxime, hébété, regarde fixement la porte, la lettre à la main, sans l'ouvrir. Un temps se passe.

Scène 2 ( Maxime ) 

Maxime - ( comprenant soudainement ) Bon Dieu, l'île de Ré ! ( il agite la lettre ) Je sais ce qu'elle contient. Elle me refait le coup de Deauville : elle aura tout réservé pour le week-end de Pâques, pour m'en faire la surprise ! ( en colère ) Mais merde ! Je suis justement bloqué ce week-end ! ( un temps, réfléchissant ) Peut-être que ...  Si cela pouvait marcher  ...

Maxime va au téléphone et fait un numéro.

Maxime - Paul ... Paul ... Bon Dieu, décroche ! ( en attendant, Maxime commence à décacheter l'enveloppe, mais il ne sort pas son contenu ) Allez, Paul, s'il te ... Allo ? C'est toi Paul ? ( ... ) Maxime à l'appareil, tu ne peux pas savoir ce que cela me fait plaisir de t'entendre ... Voilà ce qui m'amène ... Que fais tu à Pâques ? ( un temps ) Rien ? C'est merveilleux ! ( Maxime regarde plus fixement la lettre ) Non, non, ce n'est pas ce que je veux dire ... Que je t'explique : pourrais tu me remplacer le week-end pascal sur le dossier Chapougnot ? (  un temps ) Oui ?! Tu ne peux pas savoir ce que cela m'arrange. ( Maxime embrasse la lettre ) Ne t'inquiète pas, je t'aurai tout préparé pour la réunion.  ( ... ) ( Maxime regarde autour de lui vérifiant qu'il est bien seul ) C'est à cause de Julie. ( ... ) Mais si, tu la connais ! ( s'énervant ) Oui, je la vois de temps en temps, je ne sais pas si cela va durer. Elle vient d'ailleurs de me faire une scène, à cause de Deauville, de Pâques,  de l'île de Marrakech et ... ( ... ) Mais oui, je sais bien que Marrakech n'est pas une île ! Je ne suis pas idiot, tout de même ... ( s'énervant de plus en plus ) Mais non, je ne m'énerve pas, mais tu ne comprends jamais rien. ( ... ) Bon, je résume. On devait aller à Pâques à l'île de Ré, elle a déjà réservé ( ... ) Qui ? Mais, Julie, bien sûr ! Julie a réservé les billets du séjour. ( ... ) Pourquoi ? Mais pour m'en faire la surprise, bon dieu : elle m'a déjà fait le coup pour Deauville. ( ...) Mais non, je ne vais pas à Deauville. Ca c'était il y a deux ans. Tu es dur à la comprenette ! ( ... ) Ok, c'est pas clair. En gros, j'ai besoin de mon week-end de Pâques mais je suis coincé par ce fichu boulot. Alors, tu vois l'épine que tu peux m'ôter ! ( ... ) Tu dois voir le patron ? Fantastique : tu lui expliques, je ne sais pas ... Tiens : qu'Hubert doit subir une intervention chirurgicale à Pâques et que ma présence est indispensable auprès de lui ... ( ... ) C'est gros ? ( ...) Ce sont toujours les plus gros mensonges qui passent le mieux !

Un bruit de clés se fait entendre.

Maxime - Excuse moi, je vais être obligé de raccrocher. Rappelle moi dès que tu auras vu le patron. ( ... ) Salut ! Et merci par avance.

Maxime raccroche et va vers l'entrée.

Scène 3 ( Charlotte - Maxime )

De temps en temps on entend un bruit sourd. Pendant tout le début de la scène, Maxime ne pense qu'à la lettre et est absent.

Maxime - ( En coulisse ) Bonsoir, Charlotte ... Tu étais sortie ?

Charlotte - Oui, pour faire des courses : Julie vient dîner ce soir.

Maxime - Hein ? ... Ah oui, c'est vrai. Cela m'était complètement sorti de la tête.

Charlotte - ( surprise ) Ah ? Mais comment sais tu qu'elle vient ce soir ? je ne t'en avais pas parlé.

Maxime - Euh .. Non, bien sur ! ... Comment j'aurais pu deviner, hein ? ( gagnant du temps - à lui-même) Comment j'aurais pu le deviner ... ( ayant trouvé une réponse ) Ah ! Elle m'a appelé, peu de temps avant que tu ne rentres.

Charlotte - Ah bon ? Et que voulait elle ?

Maxime - Euh ... rien de spécial ... ( à lui-même ) Qu'est-ce qu'elle voulait ... Ah si : elle voulait savoir si elle devait amener une bouteille de vin.

Charlotte - Tiens ! C'est bizarre : elle m'a proposé de prendre les gâteaux!

Maxime - Euh oui : mais en plus des pâtisseries ! ( incrédulité de sa femme ) ... Elle voulait amener aussi une bouteille de vin. ...  Je lui ai dit que ce n'était pas la peine.

Maxime fait un geste de la main qui tient la lettre.

Charlotte - Pas normal ... Julie doit être perturbée en ce moment. Je ne sais pas pourquoi ... ( avisant la lettre ) Tiens, il y a du courrier ?

Maxime - Ca ? ... Euh non, c'est un prospectus que j'ai trouvé sous la porte. Sans importance, à jeter  ... ( un  bruit sourd retentit )  Qu'est-ce  que  c'est ?

Maxime  pose inconsciemment la lettre sur le buffet.

Charlotte - Je ne sais pas ... Ah si ! ça  vient de la chambre des enfants : Ils doivent être en train de jouer.

Maxime - Combien de fois je t'ai dit que je ne supporte pas le bruit !

Charlotte - ( se retournant vers la chambre des enfants ) Les enfants ! Faites moins de bruit s'il vous plaît ! Jouez à des jeux plus calmes. Prosper, lis donc une histoire à ta sœur ...

Le bruit s'arrête.

Charlotte - ( dans ses pensées )... Ce ne doit pas être facile pour elle ...

Maxime - Pour Amélie  ?

Charlotte -  Mais non, je pensais à Julie : elle vit seule, elle n'a plus que sa mère ... Je ne la vois jamais sortir avec un homme ...

Maxime - Euh ... Bien sur !

Charlotte - Au fait, je lui ai demandé ... Pour Hubert ...

Maxime - Demandé ?

Charlotte - Oui : j'ai parlé à Julie de notre voyage à Marrakech et qu'on ne pouvait y emmener Hubert. Sa réaction m'a surprise.

Maxime - La réaction d'Hubert ?

Charlotte - Mais non, Julie ! Tu n'as pas l'air de suivre.

Maxime - Si, si ... Mais tu sais, la fatigue, le boulot ... Alors, à propos de Julie?

Charlotte - Eh bien, je m'attendais à ce qu'elle propose d'elle-même de s'occuper d'Hubert - elle l'aime beaucoup - mais non, elle n'a rien dit. Elle semblait même vexée. Elle a du avoir des contrariétés. Avec sa mère peut-être.

Maxime - ( reprenant contact avec la réalité et ce que dit Julie ) Mais comment lui as tu présenté le projet de voyage ? ( insistant ) Tu lui as bien dit que l'idée venait de toi ?

Charlotte - Oui, sûrement ... De moi ... De toi ... Enfin de nous : un projet en commun ...

Maxime - ( énervé ) Mais tu  n'as  aucune jugeote ! J'avais pourtant bien insisté pour que tu présentes la chose comme ton idée ! Tu n'en feras jamais d'autre !

Charlotte - Quelle importance ? .

Maxime - ( encore plus énervé ) Quelle importance ? Réfléchis : Je ne suis rien pour Julie, alors que c'est ta meilleure amie : si tu le lui avais demandé comme un service personnel, elle ne pouvait pas refuser !

Charlotte - Tu crois ?.

Maxime - Pfff ! Evidemment ! Au moins, tu as bien insisté ?

Charlotte - Je n'ai pas osé, c'était délicat, tu comprends ...  Bâh ! Ce n'est pas important : on trouvera bien une solution un peu plus tard..

Maxime - Pas important : non mais je rêve ! Et voilà ! Voilà comment tu résous les problèmes : " un peu plus tard " !

Charlotte - Mais ce n'est qu'un projet, on peut reporter ce voyage.

Maxime - Non mais tu t'entends ? Tu t'entends ? Comme toujours, au moindre pépin tu abandonnes ! Mais c'est pas vrai ! Tu ne changeras donc jamais !

Charlotte - Tu sais, même si nous n'allons pas au Maroc, ce n'est pas grave. Si cela pose trop de problème ...

Maxime - Ah ça c'est le comble ! Maintenant tu veux tout lâcher ! 

Charlotte - Et puis partir ... comme ça ...

Maxime - Quoi "comme ça" ? Qu'est-ce que tu veux dire ?

Charlotte - ... C'est à dire ... sans les enfants ...

Maxime - Ah c'est cela ! Mais tu ne pouvais pas le dire plutôt que tu ne pouvais te passer d'eux cinq minutes ?

Charlotte - Bien sur, je peux les laisser mais ...

Maxime - Après les difficultés que j'ai eu pour les caser chez tes parents ! Non, il n'est pas question d'abandonner ! Tu as décidé d'aller au Maroc, nous irons au Maroc : je tiens à t'offrir ce voyage auquel tu tenais tant.

Le bruit sourd recommence.

Charlotte - Eh bien, si c'est pour moi, j'ai bien réfléchi et je crois que je préfère ne pas y aller.

Maxime - Quoi ? Après tous les efforts que j'ai fait ? Après avoir décalé tous mes rendez-vous de cette période pour être disponible ?

Charlotte - Tu m'avais pourtant dit que c'était une période creuse pour ta boite et que  ...

Maxime - Oui, oui ... Encore une fois tu n'as rien compris : Pour les années précédentes ! Mais là c'est le plein boum ! (Le bruit sourd s'amplifie) Une progression d'au moins dix ... Non dix-sept pour cent !  Tiens, j'en suis sur : j'ai lu le rapport prévisionnel pas plus tard que ce matin. Alors tu vois ! Pour te dire que me faire remplacer, ça n'a pas été facile ! ...  ( bruit d'un corps qui chute - Maxime se retourne pour regarder vers la chambre des enfants ) Ah ce n'est pas vrai ! Vous allez arrêter de faire du bruit ! On vous l'a déjà dit ! Et toi Prosper, fais donc tes devoirs ? ( à Charlotte ) Mais tu a vu comment ils se tiennent ! Bravo l'éducation !

Charlotte - Ce ne sont que des enfants ...

Maxime - Donne leur raison en plus !

Charlotte - Il faut les comprendre : ils ont besoin de se dépenser ...

Les bruits sourds recommencent.

Maxime - ( excédé ) Mais oui, mes chers petits : Dépensez vous ! Jouez au foot ! Dansez, sautez, criez ! Faites la nouba, on invitera même les voisins ! Ne vous gênez pas !

Charlotte - Tu exagères.

Maxime - ( de plus en plus en colère ) J'exagère : merci pour ton  soutien ! Si je n'étais pas là tu les laisserais tout casser ! De la graine de violence !  Des délinquants en puissance ! Des ...

Charlotte - Arrête ! Là tu n'es pas drôle...

Maxime - Non je ne suis pas drôle et toi tu n'es qu'une ... Ah et puis je préfère faire un tour, je reviendrai quand ils se seront calmés, débrouille toi avec eux ! ( il va pour sortir puis revient en fouillant ses poches ) Où sont mes clés ? Tout va de travers aujourd'hui ! Vous n'aurez qu'à m'ouvrir ... ( Il va à nouveau pour sortir et se retourne une dernière fois ) Quand au Maroc, tu peux faire une croix dessus : On ira passer nos vacances tous ensemble à Deauville !

Maxime sort porte entrée.

Charlotte - Deauville ? ( un temps puis elle regarde sa montre ) Oh, déjà six heures !  Julie ne va pas tarder ... Est-ce que j'ai bien tout ce qu'il faut pour ce soir ...

Charlotte réfléchit un moment.

Charlotte - Ca ... ça ... ça .... ça - oui il en reste encore un morceau ... le fromage ... zut ! j'ai oublié le pain et les gâteaux apéritifs ... Je vais envoyer Prosper en chercher ... Qu'est-ce qu'il me reste ...

Charlotte fouille dans sa poche pour chercher de  la monnaie.

Charlotte - C'est  bon !

Charlotte prend la lettre et un stylo posés sur le buffet, va pour ouvrir mais se reprend  et écrit sur l'enveloppe.

Charlotte - Deux pains passion ( elle s'arrête songeuse ) Pourquoi Deauville ? Deauville : c'est mortel,  et  il  n'arrête pas d'y pleuvoir ... ( elle se remet à écrire ) Deux Assortiments de crackers Delain, trois apéri-tubes ... ( elle s'arrête à nouveau ) Tiens, on demandera conseil à Julie, elle connaît peut-être des coins sympas sur la côte Normande ... 

Charlotte va pour entrer dans la chambre mais s'arrête brutalement sur le pas de la porte qu'elle vient d'ouvrir.

Charlotte - Aaaaaah !

Scène 4 ( Charlotte - Prosper )

Charlotte - (elle pose la lettre ) Mais qu'est-ce que  ... ? ( en colère ) Prosper ! Viens par ici ! ( Prosper arrive - tête basse - une poupée à la main )

Prosper - Oui M'man ... 

Charlotte - Peux tu m'expliquer ?

Prosper - Quoi M'man ?

Charlotte - ( lui montrant du doigt sa chambre ... ) Ca !

Prosper - ( regardant à son tour ... ) Ben ... C'est notre chambre ... 

Charlotte - Je le sais que c'est ta chambre ! Quoiqu'à bien y regarder, on peut se poser la question ... Peux tu m'expliquer la raison de ce bazar ?

Prosper - ( regardant à nouveau la chambre ... ) Quel Bazar ?. 

Charlotte - (  pointant son doigt vers la chambre ) Tout ça !

Prosper - ( toujours le regard vers la chambre ... ) C'est le château de Raquelch ! ( il montre la poupée à sa mère ) Je l'ai faite prisonnière !

Charlotte - Raquelch ?

Prosper - Ben oui, c'est une copine à papa ! 

Prosper regarde la poupée, puis la pose sur le buffet, hord de vue.

Charlotte - Mais qu'est-ce que tu dis ? Il ne m'a jamais parlé de quelqu'un portant ce prénom !

Prosper - Si, vous en avez discuté la semaine dernière ! Même que vous allez lui rendre visite pendant qu'avec Amélie, je serai chez Papy Mammy.

Charlotte - Mais qu'est-ce que cette histoire à dormir debout ?

Prosper - ( trépignant ) Si, c'est vrai ! Même qu'elle habite au Maroc et que vous allez la visiter chez elle !

Charlotte - Raquelch ? Au Maroc ? Et on irait rendre visite à Raquelch ? ( riant après avoir soudainement compris ) Ah c'est trop drôle ! ( décortiquant le nom ) Ma-rra-kech ! C'est une ville ! Au Maroc ! Avec ton père on devait y faire un séjour en Février !

Prosper - ( dépité ) Ah bon ? Raquelch, elle existe pas alors ?

Charlotte - Non mon chéri, ce n'est qu'une ville ... ( mine soucieuse en se souvenant de la discussion avec son mari ) Que nous ne verrons sans doute pas ...

Prosper - Pourquoi ?

Charlotte - Des histoires de grande personne  ... ( ne voulant pas continuer sur le sujet ) Tu ne m'as toujours pas répondu : c'est quoi ce bazar ? Ces chaises empilées ?

Prosper - C'est le château de la princesse Raquelch ! Amélie est son amie. On a construit le château et elles devaient se cacher pendant que les mousquetaires attaquaient en lançant des boulets dessus pour le démolir ! Puis Hubert devait venir la délivrer ...

Charlotte - Ah, c'est ça le bruit qu'on entendait ! ( en colère, réalisant soudainement ) Non mais ça ne va pas ? Vous pouviez vous blesser ! Ta sœur est petite, ce ne sont pas des jeux pour elle ...

Prosper - Mais ne t'inquiète pas : je lançais mes ballons en mousse, ça ne fait pas mal !

Charlotte - Et si les chaises lui étaient tombées dessus ?

Prosper - ( fier de sa construction ) C'est du solide, tu sais !

Charlotte - Et puis je n'aime pas qu'Hubert joue à ces jeux là. Après, il est tout excité, il lui faut un temps fou pour se calmer. Si ton père le savait ... Tu ferais mieux de faire tes devoirs ! On ne vous a rien donné aujourd'hui ? ...

Prosper - Euh ... Non !

Charlotte - Montre moi ton carnet de texte.

Prosper - Ben ... Je l'ai pas.

Charlotte - Comment cela, tu ne l'as pas ?

Prosper - C'est à cause de Jonathan : Comme il a du partir hier avant la fin de la classe - il avait un rendez vous chez l'auto-dentiste - il a pas eu le temps de recopier les leçons qu'avait données la maîtresse, alors je lui ai prêté pour qu'il recopie ce qu'il faut faire..

Charlotte - Si je comprends bien, tu ne sais pas ce que tu as à faire comme devoir ! Au fait : Orthodontiste !

Prosper - Quoi ?

Charlotte - Jonathan : il allait chez l'or-tho-don-tiste. Ce n'est pas grave,  je t'expliquerai une autre fois. Et comment tu vas faire pour ton travail ?

Prosper - Ben .. Euh ... Tu pourrais lui téléphoner pour savoir ce qu'il y a à faire ...

Charlotte - ( en colère ) Bon sang ! C'est toujours pareil : aux autres de réparer tes bêtises ! Tu ne peux pas te prendre en charge un peu ! Tu as quel âge ? Ca ne va pas du tout Prosper : tu vas voir quand ton père va rentrer ! Pour commencer, je te confisque ta Play station jusqu'à ce que tu aies récupéré ton cahier de texte et fait tes devoirs. Tiens, va donc plutôt me prendre le pain.

Charlotte prend la lettre sur le buffet et la lui donne.

Prosper - Oh non, m'man !

Charlotte - Finalement, tu as raison : pense plutôt au cadeau de Mamie Gaby.

Prosper - Quoi ?

Charlotte - Tu sais bien que c'est son anniversaire le jour de Pâques ! On y va pour le week-end, alors essaie de trouver une idée.

Prosper - Je vais faire un Albator en coquillages. Et je pourrai vous aider ?

Charlotte - Ah quoi ?

Prosper - Ben ... Tu as dit que tu aiderais Papy Pierrot, pour tapisser les chambres.

Charlotte - On verra, on verra. Par contre, il faudra bien vous tenir avec Hubert. Tu sais que Mamy n'aime pas trop quand il est turbulent et je ne pourrai pas être tout le temps à le surveiller.

Prosper - Oui, M'man.

Charlotte - En attendant, tu vas me ranger ta chambre !

Prosper - Ouais, c'est pas moi ! C'est Amélie : c'est elle qui m'a demandé de jouer à la princesse !

Charlotte - Je ne veux pas le savoir : Tu n'as  qu'à  lui demander de t'aider ! Au fait, où est elle ?

Prosper - ... Aux toilettes ...

Charlotte - Appelle là - quand elle aura fini. Table rase du château de Raquelch ! Je veux voir un champ de ruines quand je reviens, mais des ruines bien rangées !

Prosper - Bien M'man ! Alors c'est vrai ...?

Charlotte - Quoi ?

Prosper - ... Que vous n'allez pas voir Raquelch ?

Charlotte - Mais elle n'existe pas, je te l'ai dit ! Pas de Raquelch ! Ton père voulait aller à Marrakech, MA-RRA-KECH ! Au Maroc ! Mais ça ne se fera pas, on va aller à Deauville ! DEAU-VILLE !

Prosper - Crie pas maman ! J'ai compris ... Euh ... Y a des châteaux aussi à Deauville ?

Charlotte - Non, il n'y a pas de château à Deauville ! Mai il y a de l'eau ! De l'eau, de l'eau ... de l'eau partout ! Devant, derrière, au dessus, beaucoup au dessus, énormément au dessus ! C'est pour ça qu'ils ont inventé le Calva : pour compenser !

Prosper - Ben alors, c'est une île ?

Charlotte - C'est cela ! Une île ... de désolation !

Prosper - Comment ça s'écrit  ?

Charlotte reprend la lettre sur le buffet et écrit. Elle la donne à Prosper.

Charlotte - Tiens.

Prosper - ( lisant ) Ah, c'est comme ça ? Je croyais que ca s'écrivait comme le dos ! ( un temps ) Dis, M'man, pourquoi ça s'écrit pas comme le dos ?

Charlotte - Parce que ! Et puis ne pose pas de question : Va plutôt ranger ta chambre. ( regardant sa montre ) Bon sang, six heures dix, Julie ne va pas tarder maintenant. ( elle prend son manteau ) Bon, je vais chercher le pain, mais quand je rentre je veux que tout soit rangé ! Impeccable ! 

Charlotte sort porte entrée.

Prosper - Deauville ! Ca a l'air d'un drôle d'endroit !

Prosper pose la lettre et entre dans sa chambre. On entend divers bruits montrant qu'il commence à ranger. Puis un silence. Il réapparaît alors en courant un cahier à la main - en colère.

Prosper - M'man ! M'man ! regarde  ! ...

Scène 5 ( Amélie - Prosper )

Prosper - M'man ? M'man ? T'es où  ?

Prosper sort par la porte d'entrée, un temps, puis il rentre à nouveau.

Prosper - M'man ? M'man ? Où t'es ?

Prosper va dans la chambre.

Prosper - ( coulisse ) Hubert, t'as pas vu passer maman ?

Prosper entre à nouveau.

Amélie - ( coulisse ) Je l'ai vue sortir. Prosper, tu viens, on continue de jouer ?

Amélie entre, porte entrée.

Prosper - ( mettant le cahier sous les yeux de sa sœur ) C'est quoi, ça ?

Amélie - Hein ?

Prosper - Là !

Amélie - ( regardant ) C'est pour Mamie.

Prosper - Quoi ?

Amélie - ( criant ) Pour le mamie-versaire. ( haussant les épaules ) Pff, t'es bête dans ta tête!

Prosper - Tu veux dire le cadeau d'anniversaire de mamie, à Pâques ?

Amélie - Oui !

Prosper - Pourquoi tu as pris mon cahier ?

Amélie - Maman a dit de faire un dessin pour le mamie-versaire. J'avais plus de feuilles.

Prosper - ( en colère ) Tu navais pas le droit de prendre mon cahier !

Amélie - ( criant ) J'avais plus de feuilles, je t'ai dit. Alors, hein !

Prosper - ( regardant son cahier, il déchire la feuille et la donne à Amélie ) Tiens, je te rend tes gribouillis !

Amélie - ( criant ) C'est pas du gribouillis ! C'est Hubert, quand il dort. ( se calmant ) T'es toc toc toi ! Et à coté, y'a Raquelch. Elle est belle, hein ?

Prosper - C'est mon cahier de calcul ! ( il tourne les pages ) Mais ... Tu en as mis sur toutes les pages !

Amélie - Oui ... C'est pour faire comme les livres avec plein d'images. Elle va être contente Mamie.

Prosper - ( de rage il jette son cahier à terre) Qu'est ce que tu as fait !

Amélie - ( fièrement )Posté par broceliande_8 à 16:08 - THEATRE - Hubert - Commentaires [0] - R&ea